Vous avez dit Mondialisation ?
la mondialisation source de tous nos maux ?
ou la mondialisation accélérateur de la multiplication des échanges ?
La seconde partie du siècle dernier se caractérise par deux traits principaux ,
- D'abord l'accélération fulgurante des moyens de communication pour les voyageurs, les marchandises, les cultures et surtout la dématérialisation des échanges par la transmission de données à des vitesses phénoménales.
- Ensuite par la révélation à chacun, de la caractéristique systémique de l'organisation des hommes sur la planète. Toute modification de notre environnement s'effectue sur un milieu naturel lui-même en recomposition permanente, comme tout déséquilibre économique n'est pas compensé par « une main invisible ». Ainsi donc tout a un effet sur tout.
Je soumets quelques affirmations qui apparaissent toutes exactes,
« la mondialisation, c'est que jusqu'à présent mon concurrent était dans ma rue, maintenant il est à Taiwan »
* « au moins là-bas, il n'y a pas les syndicats »
* « ici, on a trop de charges sociales »
* « là bas, ils vivent avec trois fois rien »
* « j'ai perdu mon travail, c'est la faute à la mondialisation »
* « je retravaille chez Toyota à Valenciennes»
* « on vient de se faire racheter par un groupe australien »
* « nos actions flambent »
* « tu verrais la tête de mes stock-options, j'en déprime »
A l'écoute de ces « brèves de comptoir », on mesure 3 idées :
- Le raccourcissement des distances, entre les organisations de production
- Le constat du sous-développement ou, en langage châtié de technocrate, le déséquilibre Nord-Sud,
- La mondialisation « paravent » qui sert, entre autres, de fourre-tout à une modernisation sociale inachevée.
- Le raccourcissement des distances c'est la multiplication des échanges à des coûts de plus en plus faibles, c'est également la rencontre facilitée entre les intelligences et l'interpénétration féconde.
- Un journaliste des années 60 avait cette formule « la Corrèze avant le Zambèze », une rime riche et une logique implacable, mais qui laissaient dans 1'ombre l'exploitation coloniale d'un bon nombre de pays par les puissances occidentales, et ce semble-t-il depuis le 14ème siècle.
La décolonisation, qu'il appelait de ses voeux, allait laisser ces pays exsangues, sous la coupe de tous les dogmesmes. -
Aujourd'hui, si les mots ne sont plus prononcés on voit bien que les pratiques restent monnaie courante, avec des gouvernements faits et défaits par l'Occident selon les intérêts du moment.
- La mondialisation c'est aussi l'arbre du Ténéré qui cache le désert de nos relations sociales, Evidemment l'attitude la plus simpliste consisterait à trier les exploiteurs à droite et les exploités à gauche.
Et d'invoquer, qui le patronat social, qui la répression à Chicago, qui les intérêts corporatistes, qui les grandes avancées sociales.
Pas si simple :
* Avec des organisations représentatives (patronales ou ouvrières) qui n'ont plus de représentatives que le nom : d'un côté des adhérents qui ne sont pas tenus d'appliquer le résultat des négociations (en prenant un congé), de l'autre une compétition électorale permanente qui pousse les centrales syndicales à la surenchère démagogique devant leurs maigres votants.
* Avec une absence d'éducation économique dès l'école , pour l'anecdote dramatique, les collectivités locales en sont à organiser actuellement la formation économique des assistantes sociales dites, confirmées, pour commencer à leur faire comprendre les causes du surendettement .
* Avec la légitimation de la violence économique : où est la différence entre les bonus de salaires des cadres de Moulinex votés le 31 décembre et les menaces à l'explosif des ouvriers de 30 ans d'ancienneté ?
* Avec des mots qu'on aimerait ne pas entendre prononcés aussi souvent « enrichissement personnel », « délit d'initié » , une récente étude sur les fusions intervenues ces dernières années, montrait que les bénéficiaires n'étaient, ni les entreprises dont les parts de marché ne sont pas systématiquement en forte croissance, ni les salariés qui ont souvent perdu leur emploi, mais de façon flagrante les cadres dirigeants largement rémunérés dans les opérations.
* Avec surtout le fait de l'accélération des connaissances, qui fait qu'on ne connaît pas les objets de notre environnement courant, ceux que nous utiliseront dans 5 ans, ce qui veut dire que les métiers qui vont se créer pour les produire, sont inconnus, et donc que de nouvelles relations sociales devront être construites autour de spécificités inédites.
J'ai pensé que la synthèse d'une lecture : « RICHESSE DU MONDE, PAUVRETÉ DES NATIONS » un livre de Daniel Cohen, professeur de sciences économiques à l'Ecole Normale Supérieure, pouvait éclairer nos débats.
Début de Résumé
* La 1ère révolution industrielle c'est la création du chemin de fer avec une croissance de 1% par an
* La 2ème révolution industrielle c'est la création de la voiture et de l'avion avec une croissance de 2% par an
* La 3ème révolution industrielle c'est la révolution informatique avec une croissance incertaine : en effet peut-on encore parler de la croissance (mesure d'une quantité incertaine de biens produits dans une période donnée) quand le cycle de vie des produits de consommation se raccourcit en permanence ?
L'économiste américain Michael Kremer propose la théorie du « O-Ring » :
Le O-Ring c'est le joint torique défaillant qui a provoqué l'explosion de la navette Challenger.
Selon Kremer pour une chaîne donnée de production, le moindre dysfonctionnement d'une des parties menace la production du tout.
Ainsi :
* Les équipes de recherche atomique engagent les meilleurs chercheurs
* Les meilleurs cabinets d'avocats engagent les meilleures secrétaires
* Les meilleurs vont ensemble
* Cet appariement sera exacerbé par la révolution informatique
On va vers une segmentation des marchés, des produits, des personnes.
La traduction dans les entreprises c'est une augmentation de 20% de l'homogénéité des travailleurs entre 1986 et 1992 (mesure par la dispersion des salaires), à ce rythme 25 ans suffiraient pour que toutes les entreprises de France soient constituées de salariés tous identiques.
De faibles écarts de performance individuelle vont se traduire par des écarts de revenus considérables : on fixera un salaire sur la qualité du service rendu et l'enjeu que le salarié représente dans la production du tout. Les différences de salaires seront très fortes entre l'informaticien qui parvient à s'insérer dans un processus de fabrication et celui qui aura un emploi « identique » dans une chaîne de supermarchés.
Chacun s'expose à un déclassement brutal voir une exclusion de la chaîne de production.
Le travailleur exclu devra se tourner vers des activités de qualité moindre : on cite le cas d'un arbitre de tennis, réputé meilleur arbitre français, qui a tout perdu après des doutes émis sur la qualité de son arbitrage. Il est passé du tout (arbitre à Roland Garros) à rien (arbitre des tournois de plage). Aucune négociation sur son salaire n’aurait pu endiguer son déclin, aussitôt que le doute a prévalu sur la qualité de ses prestations,.
Le destin individuel des carrières devient très volatile,
Le destin des personnes non-qualifiées est scellé , ils sont laissés pour compte.
Un même processus est en cours dans tout le corps social :
* L'école, où l'objectif des 80% de bacheliers devient catastrophique car il applique une tare rédhibitoire aux autres.
* La famille, où les vicissitudes du travail sont une menace pour les couples
* La patrie, où des petites nations homogènes s'économisent un coûteux système de redistribution par rapport à l'hétérogénéité des populations.
Ce processus « O-Ring » est très inégalitaire et beaucoup plus lourd et profond que « la mondialisation de l'économie » .
Si le commerce international ou l'immigration était la cause des inégalités, le phénomène inégalitaire se limiterait à une inégalité inter-groupe : les travailleurs sans diplômes s'appauvrissent, les autres s'enrichissent. Ce n'est pas le cas : il y a un éclatement des inégalités au sein de chaque groupe socioculturel, de chaque tranche d'âge, de chaque catégorie de diplôme, de chaque secteur de l'économie.
Le capitalisme contemporain crée au sein de chaque groupe social des tensions qui n'existaient que dans les rivalités inter-groupes.
Interrogé sur la place du théâtre dans une société abreuvée d'images venues du monde entier, Roger Planchon répondait récemment, que son rôle sortait à ses yeux non pas diminué mais renforcé par cette « mondialisation », parce que seul, le théâtre parvenait à maintenir une proximité humaine entre une oeuvre et ses spectateurs.
L'ouverture brutale de nos sociétés à un monde plus « vaste » provoque une demande de relations sociales plus proches. [,..] Fin de Résumé
Je laisse à l'auteur les mots en « isme », car on peut légitimement se poser la questions de savoir si les dogmes ont encore le même sens depuis que leurs initiateurs ont disparus ? Comment ne pas sourire en effet, en voyant James Tobin, le père de la taxe Tobin, reprocher aux promoteurs français du mouvement Attac, de détourner sa propre pensée.
Aussi c'est avec une bouffée d'optimisme que j'ai entendu une conférence du Chef de Service de la Liberté Syndicale au Bureau International du Travail de Genève.
S'il est un indicateur sensible à la situation de l'homme au travail, ce sont bien les conditions d'exercice des libertés syndicales dans une économie mondialisée.
Pour des raisons de temps je ne retiendrais que l'évolution positive constatée par les experts :
- La liberté syndicale est respectée dans plus en plus de pays
- Les monopoles syndicaux sont en recul
- L'état devient moins interventionniste ce qui favorise les négociations collectives
- Les négociations collectives commencent à s'internationaliser
- Il y a une tendance générale à l'internationalisation du droit
- Il y a une prise de conscience internationale de problèmes communs
Pour conclure sur un message d'espoir, avec une dose d'humour, face à ce que certains appellent « la dictature des actionnaires », il nous faut nous tourner vers nos cousins les primates. Voici une expérience à laquelle s'est livrée le très sérieux Wall Street Journal à New York : chaque début de mois, depuis plus de 10 ans, quatre experts sont invités à choisir un titre dont ils pensent qu'il va se valoriser mieux que la moyenne (ou se dévaloriser moins). Parallèlement, un tirage au hasard est effectué parmi tous les titres (tirage censé être effectué par un « singe »), et l'on regarde !es performances comparées des experts, du singe et de la moyenne des cours représentée par l'indice Dow Jones.
Dans 61% des cas les experts ont battu le singe, et dans 51% des cas ils ont fait mieux que la moyenne d'ensemble.
Mais selon des spécialistes économiques, si l'on tient compte de la volatilité des titres et des dividendes, experts, singe et indice aléatoire sont quasiment à égalité.
Ce résultat surprenant tendrait à mettre sur un pied d'égalité, experts, singe et boule de cristal !!!
Michel Theil
Notes complémentaires sur conditions de travail et mondialisation
Source . Bureau International du Travail .
- La globalisation n'est pas un phénomène nouveau pour ce qui concerne la libre circulation des marchandises, ce qui est nouveau c'est l'addition aux marchandises des capitaux et des technologies
- La globalisation n'est pas si mondiale que cela dans la mesure où l'ouvrier mexicain ne peut pas vendre son travail dans une usine d'auto à Detroit, ni le paysan péruvien ses patates en France.
- L'angle d'analyse n'est plus le centre économique du monde (occidental) mais la situation dans les autres pays de la planète.
Amorces de solutions
- Globalisation économique et globalisation sociale avec l' idée du socle social d'où la déclaration de l'OIT en 1998 sur une base de 4 principes :
- Liberté d'association et droit syndical .
- Interdiction du travail des enfants .
- Interdiction du travail forcé .
- Egalité homme/femme dans le travail
- Mise en place d'un socle social régional le plus connu étant celui de l'Union Européenne
- Mise en place de préférences commerciales par des accords bilatéraux
- Mise en place de réponses non-étatiques comme la déontologie des entreprises socialement responsables ou les accords entre fédérations syndicales et entreprises multinationales.
La croissance de la démocratie c'est la croissance des droits des travailleurs.
La croissance de l'économie c'est la croissance des libertés.
Anecdote : le taux de croissance le plus important des pays pauvres c'est la république Dominicaine.