Pourquoi il faut financer différemment les retraites
(Dossier préparé par le
groupe local des Verts de Châtillon, le 14 juin 2003.)
La valeur ajoutée
La valeur ajoutée d'une entreprise se répartit comme suit :
| Valeur ajoutée |
| Bénéfice | Salaires + Cotisations sociales (Salariés) | Impôts (État) | Intérêt des emprunts (Financiers) |
Autofinancement (Développement entreprise) | Dividendes (Rémunération actionnaires) | | | |
Chiffres
Voici les chiffres correspondants pour les années 1979, 1989 et 1999 en France :
Conclusion
On constate que sur la période 1979 - 1989, la répartition de la valeur ajoutée s'est effectuée au détriment des salariés. Les pourcentages sont stables à ce jour.
Dans le même temps, la part des entreprises et des actionnaires a augmenté, alors que la masse de production intérieure brute augmentait de 50 %. Ceci se traduit par des parts encore plus importantes pour les entreprises, alors que les salariés se partagent des parts de taille constante en valeur absolue.
D'où la proposition de financer les retraites avec une taxe sur la valeur ajoutée. Il existe donc bien une alternative crédible aux propositions gouvernementales.
Nous ajouterons que les gains de productivité sont réguliers. Ainsi chaque année dans de nombreux secteurs d'activité, les entreprises produisent plus avec moins de personnel. Si on prend l'exemple de la charcuterie industrielle en 1974 on produisait 650.000 tonnes avec 71 millions d'heure de travail; en 1994 on produisait 980.000 tonnes avec seulement 56 millions d'heure de travail. Dans ce secteur, l'évolution de la production et donc de la valeur ajoutée c'est une hausse de 51% avec 21% de cotisants en moins (la baisse du nombre d'heures de travail). Globalement sur la même période le Produit Intérieur Brut, P.I.B, (donc la richesse produite car le PIB est la somme de toutes les valeurs ajoutées des entreprises de France) a augmenté de 44%, le nombre d'heures travaillées a baissé de 10%, la population active (salariés et chômeurs) a augmenté de 10%, et le chômage a augmenté de 622%.
Ce n'est pas faire de l'idéologie que de constater la progression du PIB, la progression des gains de productivité et la baisse inexorable du nombre d'heures de travail et donc du nombre de cotisants aux caisses de retraite.
C'est faire de l'idéologie que de faire travailler plus longtemps des salariés pour une moindre retraite, en refusant la mise en place d'un prélèvement sur la valeur ajoutée (ce qui est le cas pour une partie de la Taxe Professionnelle dont bénéficie les communes).
En complément
Ayons l'esprit d'escalier...
Après les retraites l'objectif du gouvernement est la Sécurité Sociale. On voit l'application des mêmes méthodes : on baisse les prélèvements obligatoires des entreprises et des salariés par souci de justice. Pour équilibrer les comptes on abaisse les taux de remboursement de la Sécu en incitant tout le monde (par une réduction d'impôt ou une aide fiscale) à prendre une assurance privée ou une mutuelle privée qui paiera une partie seulement du complément (car les privés veulent faire du profit et les mutuelles peinent à équilibrer leurs comptes après réforme du Code de la Mutualité mis en place sur injonction de Bruxelles au nom de la concurrence et des règles de l'Organisation Mondiale du Commerce).
Il faut voir clair : quand on rembourse moins ou qu'on encourage à prendre une assurance ou une mutuelle c'est un prélèvement obligatoire dans le porte-monnaie de chacun. On mesure immédiatement le marché de dupes : les entreprises seraient exonérées d'une cotisation quand les salariés devraient en débourser une autre en dehors de leur feuille de paye.
Dans ces conditions :
Ce n'est pas faire de l'idéologie que de dire que certains malades ne pourront pas payer intégralement les soins.
Ce n'est pas faire de l'idéologie que de dire que le traitement du Sida, du cancer et des maladies orphelines, l'actionnaire des assurances privées n'en voudra pas comme client, et que seules les vraies mutuelles devront supporter les coûts des traitements.
Par contre c'est de l'idéologie que de vouloir casser un système basé sur la solidarité, sur la loi des grands nombres, sur la répartition des risques alors que la politique mise en oeuvre pousse à la sélection des risques.
C'est de l'idéologie que de favoriser la mise en place des assurances privées qui proposeront d'assurer la santé, la voiture, l'habitation, les études des enfants, le chien...
Dans un cas c'est du commerce, dans l'autre c'est toute la politique de santé d'un pays.
De Gaulle initiateur de la Sécu doit bondir dans sa tombe !
Et récemment
Une déclaration du président de La Mutualité Française Jean-Pierre Davant, au congrès de Toulouse, où Chirac est allé se faire gentiment huer. (Le Monde des 15 et 16 juin)
À l'inverse de M. Mattéi, qui a suggéré de sortir de l'assurance maladie obligatoire les dépenses liées au vieillissement, M. Davant veut "élargir" ce champ "à la prévention et à la prise en charge du handicap et de la dépendance grâce à des ressources dont l'assiette intègre la valeur ajoutée de l'activité économique".
La boucle est bouclée pourtant, le monde de la mutualité française n'est pas constitué d'odieux gauchistes irresponsables...
Sur les mêmes thèmes...
http://www.les-verts.org/article.php3?id_article=836
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3224--323937-,00.html